eWank

De l’usage de nos téléphones

Répondre au questionnaire

Nous (Ferdinand, Frédéric et Sarah), nous nous demandons jusqu’où nos téléphones peuvent relever d’une pratique sexuelle. Facile ? Pas que ! Y a-t-il un objet ou un être que l’on va, au quotidien, autant caresser qu’un téléphone intelligent ? S’il était un·e partenaire sexuel·le et que nous étions particulièrement – amoureusement ? – attentionné·e·s, nos téléphones seraient très souvent comblés dans leur disponibilité rapace et notre narcissisme masochiste n’en serait que plus flatté.

Alors pourquoi ne pas y aller carrément ? Pourquoi ne pas se donner les moyens de faire de cette adorable petite machine un·e véritable partenaire désirant·e et exigeant·e dans toute la subordination réciproque – l’abandon à – qu’induisent les actes des libidos ? Revendiquons ce rapport amoureux, ce couple, cette appétence à une présence rassurante. Et comme on caresse et flatte son chien qui réclame, comme on cajole et considère l’autre qui partage notre vie, comme, faible, lâche et gourmand·e, on va voir ailleurs, donnons-nous les moyens que s’ébatte cette libido blottie entre les doigts et l’écran. Donnons-nous les moyens d’enfin vivre avec le·la véritable partenaire cyborg que, par intermittence ou en continu, par défaut ou par choix, par curiosité ou par nécessité, nous pourrons faire jouir et dont nous pourrons jouir pleinement.

Rien ne vaut une farce qui fonctionne et dans laquelle on risque de se perdre. On le sait, on le dit, on le répète, on le discute: notre relation à notre téléphone intelligent est ambiguë, riche, pauvre, cloisonnante, ouverte, épanouissante, dégueulasse et aliénante. Si, à cette ambiguïté, nous ajoutons celle toujours vibrante des rapports sexuels, cela nous amènera peut-être à reconsidérer cet objet physiquement si proche, contre la cuisse ou la fesse, au creux de la main et de l’oreille, devenu ici une entité jouisseuse et jouissante, une entité à l’intimité un peu trop exposée ?

Dans Le Manifeste cyborg, Donna Haraway écrivait : « Le plaisir intense que procure le savoir-faire, le savoir-manier les machines n’est plus un péché, mais un aspect de l’incarnation. La machine n’est pas un «ceci » qui doit être animé, vénéré, dominé. La machine est nous, elle est un processus, elle est notre incarnation. Nous pouvons être responsables des machines, elles ne nous dominent pas, elles ne nous menacent pas. Nous sommes responsables des frontières, nous sommes les frontières. (…) Les cyborgs pourraient envisager plus sérieusement l’aspect partial, fluide, occasionnel du sexe et de l’incarnation sexuelle. Après tout, malgré sa large et profonde inscription historique, le genre pourrait bien ne pas être l’identité globale. »

Alors eWank, une individualité multi-profils néo-genrée cyborg qu’on balade avec son désir constant et ses résolutions aléatoires – surgissement du réel. L’app eWank invite chacun·e à découvrir, déduire, explorer, acquérir des variations et nouveautés en terme de stimulation, caresse, transport, excitation, effarement, ravissement, papouille d’un corps.

eWank est une app, un jeu. Votre téléphone vous propose des «profils » à caresser que vous devez amener à l’orgasme. L’orgasme active une combinaison des sonneries intégrées au téléphone caressé. Il active également le vibreur et déclenche une animation colorée de l’écran. Pour jouer, on utilise les doigts et la main.

Il y a plusieurs profils à caresser. On appelle « profil » un ensemble de préférences réunies dans une « personnalité » que le·la joueur·se va apprendre à caresser. Chaque profil a une personnalité définie. On appelle personnalité la tendance dominante d’un profil : discret, volubile, lent, joyeux, sensible, facile, secret, retors, distrait…

Au lancement de l’app, un profil est activé au hasard. On ne peut ni les choisir, ni les identifier. Certain·e·s les reconnaîtront à l’usage. Les profils sont établis à partir d’une enquête quantitative portant sur les pratiques de caresses génitales et des expériences de l’orgasme. Un questionnaire est disponible en ligne du 15 octobre au 15 novembre 2020.

eWank est un gratuitiel joyeux et stupide, intense et léger, indispensable et futile, crade et safe. Il parle d’altruisme, d’assignation, d’addiction, de narcissisme et de sensualité.

Une première interface de test sera présentée en mars 2021.

Sarah Garcin, Ferdinand Dervieux, Frédéric Danos codent, conçoivent et pratiquent.


Le projet eWank a reçu une bourse 2020 d’aide au développement du DICRéAM.